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(Je)(ux) de mots

Mercredi 31 janvier 2007

L'année 2006 sera l'année de la grande réinvention ; en effet, après les réunions tupperware°, les réunions kro-lanta-thon, voilà qu'une femme politique et son staff a remis au goût du jour les réunions participatives. Bon, apparemment ça ne fonctionne pas du feu didiou, mais l'idée était peut-être bonne.

Bonne car elle me permet de donner un titre à cet article et au "projet" que je formente depuis quelques temps, baptisé donc : "l'écriture participative". Ce n'est pas un cadavre exquis (d'ailleurs un est toujours en cours chez Ohemeg) ; c'est plutôt une participation commune mais solitaire autour d'un même thème. Je m'explique (parce que ça devient embrouillé là ) :

Ecriture Participative 1, mode d'emploi

Règles du jeu = Votre hôtesse, en l'occurence moi, choisit une photo, sur le net, ou un tableau, en tout cas une image, suffisamment abstraite pour qu'il y ait de la matière. Cette photo est envoyée par mail à tous les participants. Ceux-ci ont un temps imparti (disons une semaine) pour écrire un poème, du théâtre, de la prose, des haikus, bref se servir de ce support iconographique pour créér, imaginer, proposer ; donner vie à l'image, lui conférer une histoire, un mystère, des sensations, l'interpréter comme on le ressent, selon l'inspiration, le caractère et l'humeur de chacun.

"Publication" = Comme on prévoit une date fixe (je pensais au vendredi 9 février, mais on peut s'arranger autrement), chacun des participants  met en ligne son texte -accompagné de ladite photo- le même jour à la même heure, avec des liens allant vers les textes des autres participants.

But = Cela nous permettrait de voir les sensibilités de chacun, où et comment une même image peut être "vécue" différemment selon la personne qui la fait vivre. Ce n'est pas un concours mais un jeu. Un jeu de mots, un exercice d'imagination, une récréation commune autour d'une même base, la photo, et d'une même passion, l'amour des mots. Il n'est absolument pas question de hiérarchie, de classement ou de vainqueur/vaincu, et toute personne acceptant de se soumettre aux règles peut participer. Ceux qui n'ont pas de blog peuvent toujours m'envoyer leur "oeuvre" par courriel, je publierais sur le mien dans la limite du possible.

Alors, qui serait intéressé?

 liste  des participants :

Gren (qui s'est rajoutée par téléphone)(solution de facilité hein^^)

Lunamoon

Cédric

Ohemeg

Nath

Opti

Nath qui n'a pas de blog donc son texte sera publié ici

Super Trouper

Vincent

Péné

MPTM

Paola

Prunette

S. De L.

Alain

.....et moi ;-p Vous pouvez toujours vous inscrire, on n'est pas sectaires par ici ;-p

Par Stella
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Vendredi 9 février 2007

On m’a souvent dit que la littérature n’était, au final, qu’interprétation. Il doit en être de même pour les images. Bref, certain verront dans cette magnifique forêt, la beauté de la nature, la poésie et le lyrisme, d’autres y verront un chemin, un quête de soi ou du « nous » auquel tout le monde aspire, d’autres encore y verront la peur devant l’inconnu.            

 Moi, j’y vois ma vie, telle qu’elle est. Elle semble magnifique, mais le chemin est semé d’embûches !!

Je vais vous raconter une histoire à laquelle me fait penser cette image. Tout cela remonte à longtemps, très longtemps, à une époque que vous n’avez jamais connue.

Il y avait dans un très très joli village, une magnifique forêt. Et dans cette forêt, il y avait une jolie petite maison. Et dans cette maison, vivait une gentille petite famille. Gentille, en tout cas, en apparences. J’ai longtemps cru que cette famille n’était pas comme les autres, car les cris, les hurlements, les engueulades, les prises de becs comme on dit,  ponctuaient sa journée. J’ai compris, bien plus tard, que la majeure partie des familles se comportait ainsi, crier pour mieux s’entendre, mais alors, quel sens de s’entendre ? …

La vie continua pour cette famille, entre disputes et réconciliations, la routine, quoi. Puis un jour, sans crier garde, la Maman mourut. Elle laissa son mari seul avec ses deux filles. Croyez vous que cette tragédie calma les disputes ? Mais non bien sûr, elles continuèrent de plus belle, comme animée par une force inconnue.

Après une tentative de suicide et une rencontre fâcheuse avec un prince charmant qui s’est avéré être un crapaud boxeur de cendrillon, l’aînée de cette famille rencontra, non pas le prince charmant, elle n’y croyait plus, mais sa moitié, l’homme avec qui elle partagerait sa vie, ses ennuis et ses bonheurs. Grâce à lui, elle décida de tenter de gravir ce chemin semé d’embûches, il faut dire qu’à chaque creux, à chaque bosse, il lui tendait la main. Grâce à lui, elle découvrit que la vie vaut le coût d’être vécue. Grâce à lui, elle découvrit que la famille peut s’entendre sans crier, que même en chuchotant, les gens qui s’aiment s’entendent.

Je vous ai raconté cette histoire pour vous dire qu’au contraire de ce que dit l’expression populaire, il n’y a pas plus désuni que la famille. Cependant, je veux espérer, je veux croire que la famille que je vais fonder sera unie, que mes enfants et mon mari pourront toujours compter sur moi, et que je pourrai toujours compter sur eux. Je veux croire qu’il n’y aura pas un Noël, un anniversaire, une fête qu’on ne partage pas sans trouver ça anormal. Je construirais cette famille qui ne crie pas, qui chuchote parce que l’espoir fait partie de la vie.

Voir le texte des autres participants : Gren, Lunamoon, Cédric, Ohemeg, Nath, Opti, Super Trouper, Péné, le MPTM, Paola, S de L,

Par Stella
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Vendredi 9 février 2007

Tout était calme ce matin là. Le soleil éclairait par intermittance le sentier, dardant ses chauds rayons à travers les arbres. Etrangement, pas un bruit. Pas de vent pour faire murmurer les feuilles, pas de trilles d’oiseaux. Juste le silence. Tour à tour angoissante entité et douce délivrance.

Qu’avait-elle pu faire la veille ? Tout en elle tentait de rassembler les bribes éparses de sa mémoire. Aucune réminiscence n’affleurait son esprit embrumé. Juste le présent. A la fois fugace fragrance et cruel instant.

Ses pas empruntèrent un chemin au hasard, se laissant guider dans le labyrinthe de la forêt.  Aucune âme dans le bois à cette heure. Juste elle et sa conscience.  Lourd fardeau. Présence douloureuse et amicale. 

Tout à coup le chemin se scinda en deux raidillons. L’un s’enfonçait dans la forêt, l’autre menait à la réalité prosaïque. Elle choisit le second, il lui fallait assumer. Courir ce matin-là ne lui avait pas éclairci les idées. Contrairement au pacte tacite qu'elles avaient passé depuis des années déjà, la forêt ce matin-là ne lui transmettait pas sa quiétude, les odeurs enivrantes du sous-bois ne lui ôtaient pas ce sentiment diffus d'avoir mal agi, ne lui rappellerait pas ce qui avait été hier, ni son prénom…

! Ne manquez pas d'aller voir le texte des autres participants : Nath, Gren, Lunamoon, Cédric, Ohemeg, Naty, Opti, Super TrouperPéné, le MPTM, Paola, S de L

Par Stella
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Lundi 12 février 2007

Avec un peu de retard (parce que mon blog connaît quelques ratés depuis dimanche, mais il parait que ça va reviendre à la normale bientôt^^)(vu comme la v1 rame, je ne sais pas ce que la v2 va donner, enfin j'dis ça j'dis rien...), me revoilou!

Donc je voulais vous dire :  MERCI à vous qui avez participé à l'EP1 !

Le résultat est étonnant, vous trouvez pas? Personellement, j'ai apprécié vos textes, chacun à sa manière.

Le petit sentier forestier s'est révélé à la fois leçon d'histoire, porteur d'espoir, miroir de vie, lieu de perdition où les lutins attaquent, résidence enchantée des héros de contes de fées, lieu où l'on croise des guides spirituels divers où des voix mystérieuses se font entendre et où l'on rencontre d'étranges anges, nouveau terrain de jeu du chaperon devenu rose, propice à la défense de la nature comme à l'introspection.

Comme quoi on est tous différents, et c'est tant mieux, car comme disait De La Motte, "L'ennui naquit le jour de l'uniformité" ...

Prunette m'a envoyé un mail, elle a été surchargée de travail la semaine dernière, du coup elle n'a pas trouvé le temps. Par contre pas de nouvelles d'Alain ni de Vincent...Je ne me vexe pas hein, mais du coup, pour l'EP2, les règles changeront légèrement... (J'ajoute, à titre informatif, que c'est normal si les commentaires n'apparaissent pas chez S.deL., celle-ci ayant activé la modération tant qu'elle sera absente)

Qu'en avez-vous pensé, tous? On bisse un de ces quatre ?

Par Stella
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Samedi 17 mars 2007

Réécriture de la suite de Barbe Bleue, conte de Perrault, dont les modalités ont été définies par Gren. Vous pouvez lire les suites inventées par

Gren, Nath, Cédric, Super Trouper, Péné, Opti Vincent, Cathy, Rosa Negra

Il était une fois un homme riche qui s'appelait Barbe Bleue. Malgré sa laideur et l'effroi qu'il provoquait, une jeune femme accepta de l'épouser.

Un mois après le mariage, Barbe Bleue dut quitter sa demeure pour une longue période. Il laissa quelques recommandations à son épouse, ainsi qu'un trousseau de clefs comprenant, outre celles des portes des diverses pièces, les clefs de ses coffres-forts ; elle pouvait tout ouvrir, tout explorer, mais il lui interdit formellement d'entrer dans une petite pièce. Cependant, la demoiselle étant fort curieuse, elle désobéit à son mari.

Derrière la porte, elle trouva les corps des anciennes épouses du maître de maison. Paniquée, il fit tomber la clef dans une mare de sang alors qu'elle tentait de refermer la porte. Elle se rendit compte en voulant l'essuyer que la clef était magique et que le sang ne voulait pas disparaître.

Et Barbe Bleue rentrerait bientôt..."

 

Elle prit sur elle pour ne pas se départir de son calme tandis qu'elle raccompagnait ses amies. Elle dut d'autant plus donner le change que celles-ci, enchantées, par les splendeurs qu'elles venaient de découvrir, lui faisaient force compliments sur son époux, regrettant de l'avoir mal considéré à cause des rumeurs qui couraient à son sujet.

Une fois seule, elle sortit la clef de sa poche ; le sang s'y trouvait toujours. La clef était fée, bien sûr, et la trace de sa trahison ne s'effacerait pas, quoi qu'elle fasse.

Curieusement, elle ne ressentait pas de peur, mais une sensation de vide. Sa mère l'avait mise en garde, relayant les ragots et les histoires terribles que l'on narrait aux enfants les soirs d'hiver afin qu'ils obéissent et n'aillent pas aux abords des terres de cet inquiétant homme.  Mais une fois mariée, rien de tout ce qu'on disait sur le compte de ce Barbe Bleue ne s'était avéré juste, et elle avait envisagé l'avenir sereinement.

Jusqu'à ce jour. Il fallait qu'elle retourne dans ce cabinet. Cela ne pouvait pas être vrai. Pourquoi lui avait-il confié la clef de ses trésors alors qu'il savait qu'elle serait tentée de s'introduire dans la pièce défendue, et de partir avec l'or et les objets précieux avant de le dénoncer?

La porte grinça ; les quelques rayons du soleil couchant qui filtraient à travers les volets clos ne lui permettaient pas de discerner autre chose que diverses silhouettes d'apparence frêle suspendues à un dispositif métallique saillant du plafond. Résolument, elle traversa la pièce, alla ouvrir les fenêtres. Se retourna, prête à affronter une vision d'horreur.

Rien. Il n'y avait rien.

Pas de sang sur les murs, pas de cadavres ni de lac de sang au sol. Murs d'un blanc laiteux, étincelants de propreté ; parquet de bois clair, visiblement bien entrenu car récemment ciré.  

Restait l'odeur, entêtante, des chairs en putréfaction et la trace purpurine, indécente, tranchant sur le gris mat de l'acier.

Elle n'y comprenait plus rien ; s'il s'agissait d'une hallucination due à la chaleur de cette journée estivale, ou bien encore à la fatigue, ou au verre de liqueur bu en compagnie de ses amies, comment expliquer la clef ! la clef ! Et le mystère dont son mari avait fait preuve quant à ce cabinet? Et cette aggression olfactive? Certainement une projection de son esprit sinueux, une turpitude de son imagination qu'on lui reprochait d'avoir trop vive.

Autant de questions sans réponse. Mieux valait rendre la pièce à la pénombre et avouer à son mari qu'elle avait trahi sa confiance, quitte à ce qu'il se fâche.

Riant de sa propre sottise, elle referma soigneusement les volets, traversa la pièce.

Au moment de se retourner pour pousser la lourde porte, la pièce baignant dans l'obscurité..... Les corps. Se balançant à la paterne. La flaque de sang caillé. Visqueux tapis étendu nouvellement sous ses pieds

Affolée, elle oublia de refermer la porte et remonta les marches quatre à quatre. Dans le hall, elle croisa le domestique préposé à l'allumage des flambeaux, bougies et autres torches qui éclairaient la demeure.

 Barbe Bleue aimait à ce qu'aucun recoin ne soit sombre. Ainsi, le même rituel s'établissait tous les soirs, dès que le soleil disparaissait à l'ouest sur les plaines poussiéreuses, dès que l'on voyait poindre la nébuleuse froide de la nuit, on donnait de la lumière avant qu'une parcelle d'obscurité, même infime, assombrisse la moindre pièce. Elle n'avait jamais prêté attention à cette cérémonie quotidienne, jusqu'au jour où un jeune serviteur oubliât une torche dans l'entrée et fut renvoyé séance tenante par le majordome en charge de la domesticité. S'en référant à son époux quant à la brutalité de la sentence, elle s'entendit répondre qu'il aimait la clarté, la douce lueur dansante des flammes sur ses oeuvres d'art autant que sur elle ; mais qu'il songerait à toucher un mot afin d'adoucir le châtiment du jeune homme. Lequel pourtant jamais ne reparût au château. Elle en avait d'ailleurs oublié tout, le visage autant que le nom. Seul restait cette impression diffuse d'un mal-être étrange qui rôdait sur la maisonnée dès les derniers rayons de l'astre solaire.

Elle demanda, courtoise mais ferme, à pouvoir disposer d'une torche. Le domestique obéit à sa requête, l'air anxieux. Tout à sa propre appréhension, elle ne s'en rendit pas compte.

Si la clef était fée, la pièce pouvait l'être aussi ; parmi les rumeurs courant sur son mari, on lui prêtait un don d'illusionniste voire de sorcier. Etait-ce là une piste? Se trouvait-elle devant un cabinet magique? Une pièce miroir de l'âme, un gigantesque vortex qui restituait les images de l'inconscient de celui qui inspecterait la pièce, les idées ancrées dans les tréfonds de l'esprit, en l'occurence en ce qui la concernait le fait que son mari puisse être le meurtrier de ses ex-épouses.

Il lui fallait éclairer cette pièce, pour savoir. Brandissant sa torche, elle poussa la porte. Les cadavres étaient bien là, alignées comme des pièces de boucherie les ex-femmes de Barbe Bleue la contemplaient de leur regards privés de vie. Des regards horrifiés. Des marques au couteau sur chaque parcelles de leur peau. Ou du moins sur ce qui en restait.

Le flambeau s'éteignit. Terrorisée, elle hurla et sortit de la pièce. Toutes les lumières du couloir s'étaient éteintes, la demeure entière était plongée dans le noir. Ses pupilles s'en habituèrent. Elle vit des ombres danser autour d'elle. Et toujours cette odeur âcre. De sang. De mort. Bien qu'elle sût que cela était vain, elle appella à l'aide.

Une voix, celle de son mari, lui fit écho : " Je t'avais accordé ma confiance, tu l'as trahie. Saisis-tu la gravité de ce que tu viens de faire? Tu as éclairé par deux fois la Pièce, la seule de la maison sur laquelle il me fût impossible d'étendre mon sortilège. Plus de mirages, plus de faux-semblants, la boîte de Pandore est ouverte. Désormais les ténèbres règneront. Elles s'étendront alentours et affirmeront leur emprise sur d'autres terres, comme ce fut le cas pour les miennes et cette demeure jadis souriante. Ce château redevient l'antre du Mal. Et tu en seras la Reine. "

 

 

Par Stella
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