Fiabe Toscane : Mastro Prospero e i doni

Publié le par Stella

Fables Toscanes : Maître Prosper et les dons du Seigneur 

Première d'une liste de fables typiques de chez moi que je compte publier sur le blog
- c'est une fable que ma grams me racontait petite, très très connue en Toscane, je l'ai d'ailleurs retrouvée dans plusieurs recueils
(c'est pas pareil, puisque la littérature orale a vocation à être modifiée selon les conteurs)(là en plus y'a la traduction qui entre en jeu...)

 
En ces temps-là, Dieu parcourait le monde avec Saint Pierre pour bénir la terre et nommer chaque chose. Lorsqu’ils ne trouvaient ni auberge ni taverne pour se reposer quand vient la nuit, ils demandaient l’hospitalité aux gens, lesquels voyant leurs pieds nus et en haillons, les chassaient sans autre forme de procès, parfois en leur faisant tâter de la fourche ou du bâton.
Un jour, ils traversaient un bourg. Comme de coutume, personne ne leur avait offert le gîte et le couvert. Alors que l’obscurité se faisait toujours plus dense, ils virent à travers les arbres se profiler le toit d’une petite maison, à l’écart des autres. Ils allèrent frapper à la porte, demandant asile.
C’était la maison de Maître Prosper, forgeron de son état, qui les accueillit volontiers au nom de la charité chrétienne. Il partagea avec eux sa maigre pitance, les invita ensuite à prendre le frais dans le jardin, et les installa pour la nuit sur sa pauvre couche.
 
Au matin, afin de récompenser sa générosité et d’égayer sa vie de dur labeur, Saint Pierre lui dit :
«  Pauvre homme, vous ne savez pas qui vous avez hébergé cette nuit sous votre toit ; voici le Seigneur, moi je suis Saint Pierre. Le Seigneur est tellement heureux d’avoir croisé la route d’un homme si bon qu’Il vous concède une faveur. Demandez-Lui ce que vous voulez, et il vous exaucera. »
 
Maître Prosper ne voulut pas profiter de ses hôtes. Il réfléchit, réfléchit. Et puis il songea qu’il avait, dans son jardin, un poirier dont il n’avait jamais pu goûter les poires : on lui volait alors qu’elles n’étaient même pas mûres. Il demanda donc au Seigneur de faire en sorte que, si quelqu’un montait sur l’arbre, il resterait collé au tronc et ne pourrait en descendre que lorsqu’il en aurait donné l’ordre.
Le Seigneur rit de bon cœur et lui accorda cette faveur.
 
Quand Saint Pierre sut ce que Maître Prosper avait demandé, il en avala son chapeau de travers. Comment ?! Cet homme pouvait obtenir la grâce éternelle et il ne s’intéressait qu’à ses poires ?
Il lui dit :
« Réfléchissez bien, et demander autre chose, quelque chose de plus important pour vous ! »
 
Maître Prosper réfléchit, réfléchit, réfléchit.
Puis il retourna voir le Seigneur :
«  Seigneur, vu que j’ai droit à une seconde faveur, j’ai réfléchi et je voudrais vous demander de faire en sorte que toute personne qui s’assiéra sur le banc à côté de la cheminée ne pourra se lever tant que je ne le lui dirait pas : c’est que le soir, quand je joue aux cartes avec mes amis, ils restent tant qu’eux gagnent, et dès que c’est moi qui gagne ils s’en vont. »
Le Seigneur lui accorda cette faveur.
 
Mais Saint Pierre, qui avait eu du mal à digérer la première faveur, eut encore plus de mal avec la seconde :
« Et à votre âme, vous y avez songé à votre âme ? Réfléchissez, réfléchissez, et demandez quelque chose d’essentiel à votre salut éternel ! »
 
Le pauvre homme réfléchit, réfléchit, réfléchit, réfléchit.
Puis il retourna voir le Seigneur et lui dit :
« Seigneur, Saint Pierre me demande de vous demander une dernière grâce pour le salut de mon âme, j’ai réfléchi et puisque quand je perds aux cartes je blasphème, faites en sorte que quand je joue avec ce jeu de cartes là je gagne tout le temps ! »
Cette faveur lui fut accordée aussi.
 
Alors que les deux pèlerins se mettaient en route, Saint Pierre furieux lança au forgeron :
« Regardez-moi ce que l’on demande en grâces au Seigneur ! Et l’Enfer, vous y avez songé ? Mais vous vous en rappellerez, oh que oui, parce qu’au moment de passer les portes du Paradis vous aurez affaire à moi ! »
 
Les jours passèrent et Maître Prosper vivait heureux dans sa petite maison ; il attrapa les voleurs de poires, pu enfin y goûter, jouait au cartes quand il en avait envie et autant qu’il en avait envie et il gagnait sans cesse sans avoir à s’énerver.
 
Les jours passèrent et bientôt vint la Mort. Un soir de septembre, celle-ci le trouva assis sous son poirier.
« Lève-toi forgeron, lui dit-elle, il est l’heure. »
«  Je t’attendais, lui répondit Maître Prosper, mais pourquoi se dépêcher ? J’aimerais bien, avant de partir, goûter une dernière fois à mes délicieuses poires qui commencent à mûrir ! »
« Mais bien sûr, et tant qu’à faire tu ne voudrais pas aussi attendre qu’elles mûrissent ? » ironisa la Mort.
« Non, mais j’aimerais en manger pour la dernière fois. Tiens, toi qui est toute maigre et rapide, prends l’échelle et monte sur l’arbre m’en cueillir quelques unes ; prends-en pour toi aussi, tu en as bien besoin. »
La Mort, pressée d’en finir, grimpa à l’échelle et se mit à cueillir les plus belles poires qu’elle passait à Maître Prosper. Quand il en eut mangé une dizaine, la Mort décida que s’en était assez et voulu descendre de l’arbre.
Mais, elle resta collée par les pieds au tronc.
Alors le forgeron lui expliqua que, par grâce divine, elle demeurerait collée à l’arbre tant qu’il ne se déciderait pas à la laisser descendre. En échange de sa libération, il demanda à ce qu’elle le laisse vivre 400 ans de plus.
La Mort refusa.
Pendant trois jours, elle négocia en vain.
Au Paradis comme aux Enfers, plus personne ne se pressait. Plus personne ne mourrait. Bientôt des messagers des cieux comme des abysses se pressèrent chez Maître Prosper pour demander à la Mort de régler ce problème vite fait, qu’elle cesse sa grève et qu’elle reprenne le travail séance tenante parce que dans l’un comme dans l’autre monde tout était sans-dessus dessous.
La Mort se résigna donc à signer un pacte: elle ne viendrait pas le chercher avant 400 ans.
 
Mais, puisque le temps passe vite dans les contes, 400 ans passèrent –et même plus car la Mort ne se souvenait même plus du forgeron-. Mais un jour, le Diable, excellent comptable en ce qui concerne les âmes des damnés, constata qu’il lui en manquait un et envoya la Mort de suite le chercher.
C’était un hiver froid, il gelait à pierre fendre. Maître Prosper somnolait tranquille sur son banc au coin du feu quand la Mort entra.
« Regarde, lui dit-il dès qu’il la vit, j’avais justement mis à cuire une poignée de châtaignes sous la cendre, elles doivent être à point. Assieds-toi sur le banc, qu’on les mange avant de partir. »
La Mort ne se souvenait pas de sa précédente mésaventure ; de plus, elle se disait bien qu’avec un vieillard de presque cinq cent ans il faut s’armer de patience.
Elle s’assit donc.
Le forgeron commença à ajouter du bois sur le feu, et encore du bois et toujours plus de bois. La Mort qui rôtissait voulut se lever.
Elle réalisa qu’elle était tombée dans le piège une seconde fois.
Il fallut peu de temps à la Mort, peu habituée à la chaleur vive, pour se décider : elle concéda à Maître Prosper 400 ans de vie en plus.
 
400 ans passèrent et le Diable, refaisant ses comptes, constata qu’il lui manquait toujours une âme. La Mort partit en direction de la petite maisonnette.
Elle y trouva Maître Prosper occupé à jouer aux cartes avec un ami ; celui-ci retrouva ses jambes de vingt ans et s’enfuit sans demander son reste.
« Mort, prends donc les cartes de mon ami qu’on finisse cette partie avant de partir ! »
La Mort ramassa la donne et vit que les jeu était excellent. Elle accepta de parier un jour de la vie du forgeron. Elle perdit, puisque les cartes étaient truquées. Ils jouèrent d’abord les mois, puis les années. Arrivés au chiffre rond de 400 ans, la Mort repartit folle de rage, se repentant de n’être pas passer chercher ce fourbe au berceau.
 
Quelques 400 ans plus tard, Maître Prosper, qui en avait finalement assez de vivre, attendait en vain la Mort ; celle-ci avait rayé la maisonnette du forgeron de la carte. Alors il fit son baluchon, glissa ses cartes truquées dans la poche, et partit tout au bout de la terre loin très loin là où finit le monde.
Arrivé à la porte du Paradis, il tira la chevillette et la bobinette chût il agita la clochette.
Saint Pierre se pencha et se rembrunit en reconnaissant le nouvel arrivant.
« Ah le voilà enfin, s’exclama-t-il, celui qui s’intéresse plus aux poires, aux cartes, à ses amis qu’au salut éternel ! Alors, on s’est lassé de la terre et on veut profiter maintenant des cieux ? Tu te rappelles ce que je t’avais promis, qu’il te fallait passer par ici ! Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? Tu me fais grimper dans l’arbre ? Tu me cloues sur le banc ? Tu gagnes ta place aux cartes ? »
« Mais je… »
« Dehors ! Tant que je serais le Gardien, tu ne mettras pas les pieds ici ! »
 
Maître Prosper sonna encore, demanda aux âmes de passage de plaider en sa faveur auprès du gardien, rien à faire.
Il prit le chemin du Purgatoire, mais là aussi l’accueil fut frais, on se souvenait sans peine de la charge de travail supplémentaire qu’il avait causée.
Il ne lui resta plus qu’à se présenter à la porte des Enfers où le Diable lui demanda pourquoi s’était-il fait attendre tout ce temps.
« J’ai réussi à coincer la Mort ! »
« Oui on en a entendu parler. »
« J’ai même réussi à la battre aux cartes. »
« Oh il en faut peu, elle n’est pas très douée. »
« Et je suis capable de te battre toi aussi. »
 
Et ainsi ils jouèrent l’âme même de Maître Prosper, puis une à une celles de ses amis, et puis comme il n’avait plus d’amis à sauver le forgeron voulut arrêter mais le Diable refusa. Alors il commença à sauver l’âme des inconnus. Le Diable ne s’avouait pas vaincu. La place devant les Enfers était noire de monde.
Des messagers descendirent du ciel pour ordonner à Satan de cesser de jouer ; ils lui révélèrent la supercherie.
Le Diable s’en retourna furieux dans son antre, mangeant les cartes de Maître Prosper.
Et les portes du Paradis s’ouvrirent pour accueillir toutes ces âmes sauvées qui n’auraient pas dû l’être.
En passant devant Saint Pierre, Maître Prosper ne pût s’empêcher de lui dire :
« Je n’ai pas fait cette tête quand je vous ai accueilli chez moi… »
« Parce que je ne m’y suis pas présenté à la tête d’un troupeau ! M’enfin, qu’il en soit fait selon la volonté du Seigneur. »

Publié dans Italia

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G
tres beau conte toscan , je ne connaissais pas ,

sacré prosper ! :)
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S
;-)La libertà delle fiabe....
E
Coucou Stella. Je suis de la Toscane...très belle région d'Italie...Alors je vais lire cette fable avec plaisir...Bonne soirée voisine et à bientôt.
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S
oh ben alors on est deux fois plus voisines !!! :-D
L
coucou stella ! merci pour ton passage ! et merci pour ton soutien ! bisous !

Loulypstick a répondu positivement à ma demande aujourd'hui ! çà va maintenant ! j'ai fais réagir mes amis d'ob, sur ma mésaventure ! avec les pas très sympas qui sont en copier coller ! bisous !
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S
Tout est bien qui finit bien alors ;-) Tant mieux, je suis contente pour toi !bisous
A
Stella pour ton pb de CGU, ils en parlent sur le forum http://forum.over-blog.com/thread-2616227.html je ne l'avais pas vu car je suis sous FF
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S
j'avais raté le post ; ben là sous IE ça marche maintenant ! j'ai eu peur de pas être "en règle" en fait ;-)
A
Bonjour Stella :) j'ai accès à ta page des CGU
http://le-monde-perso-de-stella.over-blog.org/reglement-blog.php
Tu as encore l pb où c'était passager ? Même si ce n'est pas très grave
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S
J'y ai accès maintenant aussi ! mais pendant quelques temps ça marchait pas